La sélection pour la tolérance aux insectes : un véritable challenge !

Par Niels WYNANT, phytopathologiste chez SESVanderHave

Ces dernières années, les sélectionneurs ont porté une attention très importante sur la résistance aux maladies, mettant de côté la recherche sur les insectes. Mais les récentes interdictions de nombreuses molécules insecticides et l’évolution climatique aboutissent à un regain d’intérêt pour la recherche sur la tolérance aux insectes. La sélection apparaît aujourd’hui comme la solution la plus durable et SESVanderHave a renforcé ses efforts sur la sélection contre les insectes.

Quels sont les dommages occasionnés par les insectes ?
Niels WYNANT : Environ 45% des quelques 10 millions d’espèces d’insectes décrites se nourrissent des plantes. Les dommages qu’ils occasionnent sont estimés à plus de 10% de la production agricole mondiale. Ils sont directs ou indirects pour la plante et toutes les parties peuvent être touchées (racines, tiges, feuilles, fleurs, fruits, bourgeons,…). Ils peuvent se caractériser par une réduction de la croissance des plantes, des dommages sur les parties végétatives ou reproductives, une défoliation ou encore un flétrissement.

Quelles sont les défenses des plantes face aux insectes ?
Niels WYNANT : Les plantes ont développé au cours de leur évolution des mécanismes de défense qui leur permettent notamment de percevoir l’attaque et d’avoir une réponse adaptée. Certaines plantes ont une résistance naturelle aux insectes, que l’on appelle la résistance hôte. Elle permet à la plante d’éviter, de tolérer ou de se rétablir rapidement d’une attaque d’insectes. En résumé, la résistance hôte réfère à l’aptitude d’une plante à tolérer les attaques d’insectes et à garder un rendement satisfaisant. Des génotypes résistants sont utilisés depuis de nombreuses années pour minimiser les dégâts d’insectes. Un exemple très connu de résistance aux insectes est l’utilisation des variétés résistantes au Phylloxera en vigne en France. La seule solution à l’époque avait été de greffer les parties aériennes des vignes européennes sur des racines de vignes américaines, résistantes aux piqûres du puceron.

Pouvez-vous nous en dire plus sur les types de défense des plantes ?
Niels WYNANT : Il existe quatre mécanismes de défense : l’antibiose, la non-préférence, l’évitement et la tolérance. L’antibiose : définit les mécanismes permettant d’empêcher un développement normal des insectes (réduction de croissance, baisse de fertilité,…). La non-préférence se dit quand le comportement de l’insecte herbivore est affecté par certaines caractéristiques de la plante qui vont aboutir à une diminution de la colonisation ou à son absence (odeur, appétence, morphologie,…). L’évitement permet à la plante d’échapper à l’attaque du ravageur (par sa précocité par exemple). La tolérance est l’aptitude d’une plante à tolérer les dommages et ainsi à limiter les pertes en rendement ou qualité (elle aura alors un rendement supérieur à une variété sensible pour un même niveau d’attaque d’insectes). Une variété peut avoir un seul mécanisme, mais aussi en cumuler plusieurs ou même les 4.

Quelles sont les difficultés dans la sélection de résistance/ tolérance aux insectes ?
Niels WYNANT : Pour répondre au contexte climatique et phytosanitaire que nous connaissons aujourd’hui, les gènes de résistances aux insectes sont une ressource naturelle très importante. Cependant la sélection de ces gènes présente quelques difficultés, comme la capacité d’adaptation très rapide des insectes et la difficulté d’évaluation des résistances à disposition. Que mesurer : la perte de rendement, les symptômes, la perte de plantes, la quantité d’insectes,… ? Dans la plupart des cas, les gènes de résistance aux insectes proviennent de variétés de betterave sauvages aux propriétés agronomiques faibles. Il y a donc des gènes indésirables qu’il faut éliminer lors des backcross et cela prend du temps. L’autre question est comment prioriser ? (pucerons, charançons, …). C’est pourquoi, au final, ce sont des programmes de sélection qui sont très longs et la variété ne sera qu’une partie de la solution dans la méthode de lutte contre les insectes.

TECHNIQUE | Le pyramidage des gènes.

Le pyramidage des gènes consiste à accumuler plusieurs gènes de résistance/tolérance au sein de la même plante. En général, il existe plusieurs souches/races de pathogènes. C’est pourquoi l’accumulation de plusieurs gènes rend la résistance plus efficace et plus durable.

 

 

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